Tout sur la microfinance

Tout sur la microfinance

Qu’est-ce que la microfinance ? Pour beaucoup de personnes et pour le grand public en particulier, la microfinance se confond avec le microcrédit. Elle désigne les dispositifs permettant d’offrir de très petits crédits (« microcrédit ») à des familles très pauvres pour les aider à conduire des activités productives ou génératrices de revenus leur permettant ainsi de développer leurs très petites entreprises. Avec le temps et le développement de ce secteur particulier de la finance partout dans le monde, y compris dans les pays développés, la microfinance s’est élargie pour inclure désormais une gamme de services plus large (crédit, épargne, assurance, transfert d’argent etc.) et une clientèle plus étendue également. Dans ce sens, la microfinance ne se limite plus aujourd’hui à l’octroi de microcrédit aux pauvres mais bien à la fourniture d’un ensemble de produits financiers à tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel.

2. Quelles sont les différentes formes d’institutions de microfinance ?

Au cours des vingt dernières années, on a vu se développer de nombreuses organisations actives en micro finance. Il existe, de nombreux cas plus ou moins différents de par le monde et trois courants essentiels coexistent dans cette démarche :

  • Le premier, d’inspiration plus coopératif, a cherché à mettre en place ou à renforcer des organisations populaires où les micro entrepreneurs étaient à la fois épargnants et emprunteurs du système. Sa spécificité est de vouloir construire des institutions à partir de leurs bénéficiaires, c’est en cela qu’on y retrouve un côté coopératif plus affirmé.
  • Le second, illustré notamment par la BRI en Indonésie, a consisté à transformer une banque existante (ou dans le cas de la BRI une partie de cette banque) de manière à la spécialiser en direction des micro entrepreneurs.
  • Le troisième a mis sur pied des ONGs ayant pour vocation de réaliser elles-mêmes l’intermédiation financière. On a ainsi vu la création d’ONG de microfinancement qui, après s’être procuré des fonds, soit au travers de donations soit au travers d’emprunts, octroyaient elles-mêmes des crédits aux micro-entrepreneurs. Dans ce dernier cas, l’accent a surtout été mis sur l’octroi de crédit, la collecte de l’épargne étant généralement interdite aux ONGs.

Parallèlement, on doit souligner que depuis une dizaine d’années à peine, il existe aussi des cas de banques privées à vocation commerciale qui pour des raisons de stratégie propre, se sont orientées vers la microfinance.

3. Qu’y a-t-il de «fondamentalement nouveau avec le microcrédit» ?

Pour Maria Nowak, fondatrice de l’Association pour le droit à l’initiative économique (France), «la différence principale, par rapport au crédit classique, est qu’il est orienté sur une cible nouvelle : les pauvres et les exclus. Il reconnaît leurs talents, leurs besoins et leur capacité à rembourser les prêts. Au lieu de les éliminer, par avance, de la clientèle du crédit parce que les méthodes, les critères et les garanties ne sont pas adaptés à leur situation, il invente des méthodes et des garanties qui leur conviennent. Au lieu de leur imposer l’objet de leur prêt, ( ) il est à l’écoute de leurs besoins. Il permet ainsi de découvrir que les gens exclus du crédit bancaire sont, comme les autres, dotés de l’esprit d’entreprise, de la capacité de jugement et qu’au surplus, ils remboursent plutôt mieux que les riches.» Microcrédit comme microfinance s’adressent à cette cible nouvelle. Mais l’un et l’autre ne proposent pas les mêmes services.

4. Quand la microfinance a-t-elle démarré ?

Le microcrédit a pris véritablement son essor dans les années 1980, bien que les premières expérimentations remontent au début des années 1970 au Bangladesh en particulier et dans quelques autres pays. Par rapport à la situation antérieure qui se caractérisait grosso modo par l’octroi de crédits subventionnés effectués le plus souvent par des non spécialistes, la différence tient à l’importance accordée au remboursement, à la fixation d’un taux d’intérêt couvrant le coût de la prestation du crédit, et au ciblage de groupes de clients n’ayant le plus souvent pour seule autre source de crédit que le secteur informel. L’accent est donc mis aujourd’hui sur la création d’institutions locales pérennes destinées à servir les pauvres. En Afrique, les pratiques de la microfinance sont encore plus anciennes, surtout celles qui relèvent de la collecte de la petite épargne. Dans des pays comme le Burkina Faso ou le Cameroun par exemple, les premières coopératives d’épargne et de crédit ont vu le jour au cours des années 60.

5. Qui sont les clients de la microfinance ?

Le client type des services de microfinance est une personne dont les revenus sont faibles et qui n’a pas accès aux institutions financières formelles faute de pouvoir remplir les conditions exigées par ces institutions (documents d’identification, garanties, dépôt minimum etc.). Il mène généralement une petite activité génératrice de revenus dans le cadre d’une petite entreprise familiale.

  • Dans les zones rurales, ce sont souvent de petits paysans ou des personnes possédant une petite activité de transformation alimentaire ou un petit commerce.
  • Dans les zones urbaines, la clientèle est plus diversifiée : petits commerçants, prestataires de services, artisans, vendeurs de rue, etc.

On les dénomme généralement sous le terme de micro-entrepreneur et la plupart de ces micro-entrepreneurs travaillent dans le secteur informel ou non structuré. C’est donc aux individus qui composent ce segment de marché exclu ou mal servi par les institutions financières classiques (banques, assurances) que s’adresse la microfinance.

6. En quoi la microfinance aide-t-elle les pauvres ?

L’expérience montre que la microfinance peut aider les pauvres à :

  • augmenter leur revenu,
  • créer des entreprises viables,
  • sortir ainsi de la pauvreté.

Elle peut également constituer un puissant instrument d’émancipation en permettant aux pauvres, et en particulier aux femmes, de devenir des agents économiques du changement. En effet, en donnant accès à des services financiers, la microfinance joue un rôle important dans la lutte contre les nombreuses dimensions de la pauvreté. Par exemple, les revenus générés par une activité non seulement permettent à cette activité à se développer mais ils contribuent également au revenu du ménage, et par là même à la sécurité alimentaire, à l’éducation des enfants, à la prise en charge des soins de santé etc.

Selon Michel Lelart (CNRS-Université d’Orléans), membre du Réseau Entrepreneuriat de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) : «La microfinance repose sur le lien social et s’en sert».....»La microfinance est une finance de proximité, proximité géographique bien sûr, car les personnes se connaissent et se cautionnent parfois mutuellement, mais surtout culturelle. Elle est toujours adaptée aux besoins, c’est pourquoi elle innove en permanence : ce sont des services d’assurance ( ), ce sont aussi les services de transferts de fonds utilisés par les migrants».

7. Quand la microfinance n’est-elle pas un instrument approprié ?

C’est surtout au niveau du crédit que la microfinance montre ses limites. En effet, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, le microcrédit, comme tout crédit d’ailleurs, doit être remboursé. Il nécessite donc au niveau de l’emprunteur une bonne capacité de remboursement, aptitude qui bien entendu s’amoindrit si la personne est très pauvre, sans revenus fiables pour lui permettre de rembourser un prêt. Octroyer un prêt à de tels individus risque plutôt d’aggraver leur situation d’endettement et de pauvreté.

Souvent les gouvernements et les agences de coopération souhaitent utiliser la microfinance comme un outil de résolution de divers problèmes sociaux. Victimes d’inondations ou d’autres catastrophes naturelles, réfugiés fuyant les conflits, nouveaux diplômés de la formation professionnelle, chômeurs, autant de types d’individus se trouvant dans une situation de précarité que les gouvernements sont tentés de vouloir aider par le microcrédit depuis que celui-ci a été « vendu » comme un excellent outil de réduction de la pauvreté. Les programmes de microcrédit conçus pour ce type de situation fonctionnent cependant rarement. Ils enregistrent le plus souvent des taux d’impayés ou de non remboursement très élevés.

L’utilisation dirigée de la microfinance pour résoudre des défis de développement dans des situations où la base de la subsistance des populations est détruite ou très précaire a rarement été un succès.

Le microcrédit se révèle par contre le plus utile pour ceux qui ont identifié une opportunité économique et qui sont en situation de faire fructifier cette opportunité s’ils ont la possibilité de se procurer une petite somme d’argent au moment où ils en ont besoin.

Ainsi, les personnes pauvres qui travaillent dans des économies stables ou en croissance, qui ont démontré leur capacité à conduire les activités proposées dans un esprit d’entreprise et leur engagement à rembourser leurs dettes, sont les meilleurs candidats pour le microcrédit.

L’univers des clients potentiels s’élargit cependant de manière exponentielle si l’on prend en compte le concept plus large de la «microfinance ». Par exemple, au niveau de l’épargne ou de la sécurisation des petites économies, il est encore difficile aujourd’hui dans beaucoup de pays d’ouvrir un simple compte dans une institution bancaire faute de remplir toutes les conditions exigées (carte d’identité, dépôt minimum qui est souvent un maximum pour les populations pauvres etc.). De plus, les banques n’ont bien souvent de guichets ou d’agences que dans les capitales ou les villes secondaires importantes, ce qui donc exclut directement une bonne partie de la population.

8. Pourquoi les IMF appliquent-elles des taux d’intérêt si élevés à leur clientèle ?

Fournir des services financiers à des personnes à revenus modestes revient cher, particulièrement en proportion des montants des transactions concernées. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour lesquelles les banques n’octroient pas de petits prêts.

Un prêt de 100 €, par exemple, exige pour son traitement le même personnel et les mêmes ressources qu’un prêt de 10.000 €, ce qui augmente considérablement le coût par unité de transaction.

En microfinance, les agents de crédit doivent en effet rendre visite au client à son domicile ou sur son lieu de travail, évaluer sa solvabilité sur la base d’entretiens avec la famille, le voisinage, et une fois le prêt accordé, effectuer un suivi rapproché et fréquent par le biais de visites pour renforcer la culture de remboursement.

Les coûts de gestion d’une multitude de petits prêts sont donc très importants, ce qui oblige les institutions à appliquer un taux d’intérêt généralement plus élevé que celui du secteur bancaire.

L’expérience prouve aussi que les clients sont prêts à payer des taux d’intérêt assez élevés pour s’assurer un accès permanent au crédit. En effet généralement, le retour sur les investissements réalisés grâce au capital obtenu peut s’avérer bien supérieur au taux d’intérêt du crédit. Ils reconnaissent aussi que les alternatives – faire appel par exemple aux prêteurs sur gages, aux usuriers du secteur financier informel – ou l’absence de toute source de crédit sont beaucoup plus pénalisants pour eux. A titre d’exemple, les taux d’intérêt dans le secteur informel peuvent atteindre 20 % par jour pour certains vendeurs sur le marché.

9. Les pauvres ne sont-ils pas trop pauvres pour épargner?

Les pauvres épargnent en permanence, même si cette épargne prend des formes moins « courantes » que l’argent :

  • bijoux en or,
  • animaux domestiques,
  • matériaux de construction, etc.

Après tout, ils font face comme nous tous aux mêmes évènements imprévus ou récurrents qui nécessitent une somme d’argent urgente :

  • maladie,
  • frais de scolarité,
  • agrandissement de l’habitat,
  • enterrement, etc.

Certains de ces moyens d’épargne informels posent cependant problème. Il est en effet difficile de vendre par exemple un bœuf ou un zébu lorsque le ménage a soudain besoin d’une petite somme d’argent. Ou encore, si la femme a prêté son épargne à un membre de sa famille afin de la mettre à l’abri du vol (car la seule autre alternative est de la conserver sous son matelas), cet argent ne sera pas forcément disponible au moment où elle en aura besoin.

Les pauvres ont donc besoin d’une épargne qui soit à la fois sûre et liquide. Ils tiennent moins compte du taux de rémunération de leur épargne, car ils ne sont pas habitués à placer leur épargne dans des instruments financiers, mais accordent en revanche une grande valeur aux mécanismes leur assurant une épargne disponible en cas d’urgence ou d’opportunité d’acquisition de biens.

Ces services d’épargne doivent être adaptés pour répondre à la demande particulière des pauvres et à leur cycle de trésorerie. Le plus souvent, les pauvres ne souffrent pas seulement de la faiblesse de leurs revenus mais aussi de leur irrégularité.

Ainsi, pour optimiser l’épargne des pauvres, les institutions doivent proposer des dispositifs souples, à la fois en terme de montants déposés et de fréquence des dépôts et retraits. Pour les pauvres, le besoin d’épargne est tout aussi important que le besoin de crédit.

10. Qu’est-ce qu’une institution de microfinance (IMF) ?

En termes simples, une institution de microfinance est une organisation qui offre des services financiers à des personnes à revenus modestes qui n’ont pas accès ou difficilement accès au secteur financier formel.

Au sein du secteur, le terme institution de microfinance renvoie aujourd’hui à une grande variété d’organisations, diverses par leur taille, leur degré de structuration et leur statut juridique (ONG, association, mutuelle/coopérative d’épargne et de crédit, société anonyme, banque, établissement financier etc.).

Selon les pays, ces institutions sont réglementées ou non, supervisées ou non par les autorités monétaires ou d’autres entités, peuvent ou ne peuvent pas collecter l’épargne de leur clientèle et celle du grand public.

L’image que l’on se fait le plus souvent d’une IMF est celle d’une ONG « financière », une organisation totalement et presque exclusivement dédiée à l’offre de services financiers de proximité qui vise à assurer l’auto promotion économique et sociale des populations à faibles revenus.

11. La microfinance peut-elle être rentable ?

Oui. Contrairement aux idées reçues, certains investisseurs commerciaux considèrent aujourd’hui que la microfinance présente un niveau de risque faible pour un retour sur investissement acceptable.

Bien entendu, cela concerne « le haut du panier » des institutions de microfinance, celles qui sont les plus développées, celles qui sont arrivées à maturité et qui travaillent dans des conditions réelles.

Les rapports de rating et d’évaluation externe de performance de ces institutions attestent en effet des marges de rentabilité dégagées. Certains pensent d’ailleurs qu’il s’agit de la seule trajectoire à suivre si l’on veut avoir une croissance massive du nombre de clients. D’autres s’inquiètent par contre de ce qu’un souci excessif de la recherche du profit en microfinance pousse les IMF à changer leur segment cible de clients et à servir une clientèle plus aisée capable d’absorber des montants de prêt plus importants.

Dès lors, ces institutions ne rempliraient plus leur mission originale, c’est-à-dire de permettre aux pauvres de sortir de leur situation de précarité. D’où la tendance aujourd’hui de développer également des instruments de mesure des performances sociales de ces institutions en complément de ceux habituellement utilisés pour mesurer leurs performances financières.

12. Quel est le rôle des gouvernements pour le développement de la microfinance ?

Jusque récemment, les gouvernements estimaient généralement de leur devoir et de leur responsabilité de prendre une part active au « financement du développement », en conduisant par exemple de vastes programmes de crédit pour les populations défavorisées (rurales en particulier). Ces dispositifs, généralement fort coûteux, ont toutefois rarement démontré une réelle efficacité et il existe très peu d’exemples ou le crédit distribué aux pauvres par l’Etat ou ses démembrements ait été récupéré à un coût relativement acceptable.

Aujourd’hui, la tendance consiste à ne plus intervenir directement mais plutôt à faire appel à des opérateurs spécialisés en microfinance.

Par contre, les gouvernements devraient beaucoup plus s’impliquer en menant par exemple une réflexion globale avec les différents acteurs sur le développement du secteur en général.

Ces réflexions ont généralement pour objet d’aboutir dans les pays où la microfinance est la plus développée à la définition et à l’adoption d’une politique sectorielle.

Une telle politique peut constituer à l’appui à la mise en place :

  • d’associations professionnelles,
  • de centrales de risques,
  • de cercles de réflexion sur le cadre réglementaire et jurisprudentiel.

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