L’ambassadeur de France en Algérie à “LIBERTÉ” -“L’Algérie n’est pas pour la France un simple marché, elle est un partenaire”

Publié le par ouada yazid

Par : Salim Tamani

 

André Parant quitte aujourd’hui l’Algérie avec ce sentiment de mission bien accomplie. Son successeur, Bernard Emié, arrive demain pour prendre la relève et continuer la construction de la relation algéro-française. André Parant a été reçu, hier, par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel, pour une visite d’adieu. Dans cet entretien, l’ambassadeur évoque l’évolution de la situation dans le Sahel, l’opération Serval, le soutien de Paris à Alger dans le cadre du processus de la réconciliation intermalien et la menace terroriste qui s’accentue avec le phénomène des jihadistes. André Parant a également abordé le dossier des visas, l’augmentation de la demande ainsi que la coopération économique.

Liberté : Après plus de deux ans à la tête de l'ambassade de France en Algérie, vous quittez ce pays avec une coopération en pleine expansion et des relations bilatérales au beau fixe, laissant à votre successeur une excellente base de travail, quelle évaluation faites-vous des projets qui restent à réaliser ?


André Parant : Les relations bilatérales ont, en effet, connu d’importantes avancées depuis mon arrivée. La visite d’État du président, François Hollande, en décembre 2012, le lancement du comité mixte économique franco-algérien en novembre 2013 à Paris et l’organisation de la première réunion du comité intergouvernemental de haut niveau en décembre 2013 à Alger ont constitué des moments forts de mon séjour dans ce pays, de même que la visite en juin dernier du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Je tiens à saluer la mobilisation de tous les services de l’ambassade de France pour traduire concrètement les nouvelles orientations données par les autorités algériennes et françaises dans les domaines de la coopération et de l’économie, mais aussi en matière de dialogue politique et dans ce qu’il est convenu d’appeler “la relation humaine”. Nous avons mené un travail à long terme avec la volonté sincère d’améliorer le bien-être de nos deux peuples, dont les destins sont indissolublement liés. J’ai toute confiance en mon collègue et ami, Bernard Emié, qui me succédera dans les tout prochains jours, pour porter à maturité les chantiers en cours. Le dernier trimestre verra d’ailleurs la réalisation de plusieurs projets lancés au moment de la visite présidentielle, comme la création des premiers Instituts technologiques de Ouargla et d’Oum El-Bouaghi et l’inauguration de l’usine Renault de Oued Tlélat.

La France s’est engagée militairement pour libérer le nord du Mali de l'occupation islamiste en 2012 mais la situation dans le Sahel se dégrade avec le chaos qui règne en Libye, comment percevez-vous le rôle d’Alger dans la stabilisation politique de la sous-région ?


Le président de la République, dans le discours qu’il a prononcé à l’occasion de la conférence des ambassadeurs la semaine dernière, a eu l’occasion de saluer l'action de l'Algérie en faveur d’un règlement durable de la crise malienne.
Depuis le début de cette crise, nous n’avons cessé de souligner l’importance du dialogue politique, que l’opération Serval, menée à la demande des autorités maliennes et avec le soutien de la communauté internationale, a rendu possible en mettant un terme à l’expansion des groupes terroristes. En ce qui concerne la situation en Libye, nous partageons avec les autorités algériennes la même préoccupation. La Libye est un pays qui a beaucoup de potentiel mais qui, malheureusement, aujourd’hui, est en proie à une véritable anarchie, avec des groupes terroristes qui font peser une menace grave sur la stabilité dans l’ensemble de la région. Il est nécessaire de renouer le dialogue entre les différents groupes libyens et de permettre la restauration de la sécurité et des institutions de l’État.

Paris a salué les efforts de l’Algérie dans le lancement du processus de réconciliation intermalien dont les discussions (2e phase) ont eu lieu à Alger le 1er septembre, dans le même temps, une aide au développement économique au Mali est nécessaire, comment voyez-vous le règlement de la crise malienne ?


Au Mali, la France a fait son travail et nous avons désormais réduit notre présence militaire, contrairement aux intentions qui pouvaient nous être prêtées ici et là. La démocratie a été rétablie, les projets de développement redémarrent. La réconciliation est en cours. Il faut que les efforts de dialogue politique continuent et portent leurs fruits. C’est la raison pour laquelle nous approuvons sans réserve l’action de l’Algérie et lui apportons tout notre soutien.

La lutte contre le terrorisme est un axe important dans la coopération sécuritaire algéro-française, et il s’agit aujourd'hui de faire face à des menaces beaucoup plus dangereuses telles que la multiplication de groupes islamistes radicaux en Libye, quel est le rôle de la France dans la guerre contre ce qui est appelé “jihadistes” en Europe ?


Permettez-moi d’abord de féliciter les autorités algériennes pour la libération des deux derniers otages algériens détenus au Nord-Mali et d’exprimer ma solidarité avec les familles des deux diplomates algériens disparus. La lutte contre le terrorisme demeure pour nos deux pays un objectif permanent sur lequel nos visions convergent totalement.
Concernant la Libye, il faut soutenir l'Assemblée légitime et le gouvernement qui en émane, l'aider à rétablir l'ordre, lutter contre les groupes terroristes et s'adresser à la population pour la détacher des tentations extrémistes. Nous aurons prochainement une réunion de travail sur ce thème qui aura lieu en Espagne, dans le cadre du 5+5, élargi à quelques pays limitrophes. M. Ban Ki-moon vient, par ailleurs, de nommer un représentant spécial pour la Libye.
Il est indispensable que les Nations unies apportent leur aide à tous les niveaux : soutien à ceux qui sont légitimement élus, rapprochement des différentes composantes de la société, mesures prises visant à interdire l'alimentation, qu'elle soit financière ou en termes d'armement, des groupes terroristes. En ce qui concerne les filières jihadistes, chaque pays doit s'engager à lutter contre elles et à prévenir les départs de jeunes fanatiques sur les zones de combat. Le Conseil de sécurité  sera saisi de cette question le 25 septembre prochain. Quant à la France, elle n’a pas attendu, puisque nous mettons d'ores et déjà en œuvre un plan anti-jihadiste. Il a été adopté en Conseil des ministres au mois de mai.

La libre circulation des personnes est l’une des principales revendications d'Alger et on a vu que le nombre de visas délivrés par le consulat de France a considérablement augmenté en 2013, pensez-vous que le taux de refus appliqué aux demandeurs algériens va connaître une baisse dans les prochaines années ?

Il convient de rappeler que la France est liée à ses partenaires de l'espace Schengen et que sa politique en matière de visas de court séjour en est tributaire. Le taux des refus opposés par les trois consulats français en Algérie a nettement diminué au cours des dernières années et peut être qualifié de bas. Il est difficile d'anticiper l'évolution à terme de ce taux de refus, qui, par définition, est inversement proportionnel à la qualité des dossiers présentés.

Censé faciliter le processus de dépôt de dossier de visa, TLS Contact semble connaître une certaine saturation puisque les rendez-vous sont donnés trois mois plus tard, pensez-vous renforcer le dispositif lié au traitement des dossiers des visas ?


Les délais de rendez-vous pour les visas découlent non pas d’une saturation de l’opérateur TLS Contact, mais de la capacité de traitement des consulats. Or ceux-ci font face à une augmentation très importante de la demande qui atteint désormais 30% par an. Des redéploiements d'effectifs et des créations de postes au sein des consulats, ainsi qu’un effort portant sur les modes d'organisation et la simplification des procédures, ont ainsi permis de passer entre l'automne 2013 et le printemps 2014, pour le seul consulat d'Alger, de 900 à 1 200 dossiers traités par jour, et ce chiffre devrait dépasser les 1 500 d'ici à la fin 2014.
Les délais de rendez-vous s'en trouveront réduits, pour autant que la croissance de la demande se stabilise. En tout état de cause, soyez certain que c’est un sujet que nous suivons de près, avec la volonté d’y apporter des solutions.

L’entrée en production de l’usine Renault à Oran est prévue vers la fin 2014, ce qui constitue un projet important dans le secteur hors hydrocarbures, y a-t-il d’autres secteurs où la France compte investir en Algérie ?
Ce sont les entreprises qui construisent au quotidien la relation économique entre nos deux pays, dans des domaines d’activité industrielle et de services effectivement très diversifiés. Les entreprises françaises investissent ainsi en Algérie dans les domaines les plus variés, en particulier dans les secteurs pharmaceutique, agricole, automobile et dans celui des transports. L’Algérie n’est pas pour la France un simple marché, elle est un partenaire. D’où l’importance de l’investissement, de la création d’emplois et du transfert de savoir-faire. On pourrait citer de nombreux exemples. L’usine Sanofi de Sidi-Abdallah, dont la construction a été lancée l’automne dernier, est un investissement de 70 millions d’euros, création de plus d’une centaine d’emplois, production locale de médicaments pour le marché algérien ; un autre exemple est celui de l’implantation industrielle réalisée par Alstom à Annaba, en partenariat avec l’EMA et Ferrovial pour la construction de rames de tramways qui équiperont une douzaine de lignes de tramways en Algérie, avec un potentiel à l’exportation.

L'Algérie vient de lancer un plan quinquennal de plus de 260 milliards de dollars, quelles sont les ambitions de la France pour le marché algérien et pensez-vous que la suppression de la règle 49/51 encouragera les IDE en Algérie ?
Notre objectif est d’accompagner le plan quinquennal en y apportant l’appui des entreprises françaises. Les règles qui régissent l’Algérie en matière économique relèvent de la souveraineté des autorités algériennes. Notre rôle consiste à convaincre les entreprises françaises qu’elles ont un intérêt économique à investir en Algérie, et l’expérience montre que ces efforts sont payants. Pour ne citer que deux exemples : les huitièmes rencontres Algérie organisées en mai au Sénat français ont réuni 220 entrepreneurs ; 400 entreprises ont été accompagnées en 2013 sur le marché algérien par l’agence UbiFrance. Notre pays demeure, hors hydrocarbures, le premier investisseur en Algérie.

 

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