Avis d'Expert : Karim Cherif, président de la Commission tourisme au fce _ Le tourisme, la richesse de demain”

Publié le par id.algérie

©D. R.
 

Dans cet entretien, ce grand investisseur dans les infrastructures hôtelières aborde l’important potentiel touristique que recèle le pays.

Liberté : Comment analysez-vous le marché  touristique en Algérie ?
Karim Chérif :
Je vous remercie de me donner l’opportunité à travers votre journal de vous présenter très modestement ma vision en tant qu’acteur opérationnel de la chaine touristique de notre pays à travers mon parcours de gestionnaire d’établissement hôtelier, mais aussi mon analyse plus globale sur l’environnement socio-économique et les perspectives d’évolution du secteur du Tourisme en Algérie en ma qualité de président de la commission tourisme du Forum des Chefs d’Entreprises F.C.E., je voudrais avant d’aborder le secteur du tourisme national en Algérie vous présenter très rapidement quelques chiffres et indicateurs qui permettront d’apprécier le potentiel et les retombées du tourisme mondial mises en perspectives avec les réalités du tourisme national, en effet le tourisme représente  plus d’un emploi sur dix, avec plus de 09% du PIB mondial générant un chiffre d’affaires de plus de 1400 milliards de dollars de voyageurs internationaux, vous le voyez ces chiffres montrent tout l’intérêt d’un secteur générateur pour les pays qui ont développé de vrais flux d’attractivité de ressources en terme d’emploi, de valeur ajoutée, de richesses.  L’Afrique de ce point de vue est considéré comme le continent qui avec 50 millions de touristes par an a le rythme de croissance le plus élevé dans les années futur avec quelques 80 millions à l’horizon   2020 et plus de 30 millions à l’horizon 2030.

L’Algérie doit s’inscrire dans cette dynamique de croissance et prendre elle aussi sa part pour bénéficier des retombées économiques introduites par le développement du tourisme mondial.

Il est vrai que le tourisme national n’a jamais été, pour différentes raisons, une priorité stratégique de développement national, l’Algérie privilégiant à juste titre au lendemain de l’indépendance un modèle économique  qui visait d’abords à répondre à d’autres immenses besoins de l’état algérien naissant.

Je voudrais là aussi préciser qu’en 1962 l’Algérie disposait d’une infrastructure touristique d’à peine 5000 lits, nous disposons actuellement de plus de 110 000 lits, il n’y a pas encore lieu de se satisfaire de la situation actuelle, toutefois, il serait faux de ne pas reconnaitre que de réels efforts ont été consentis pour doter notre secteur d’infrastructures pouvant répondre à une demande de plus en plus importante des nationaux Algériens.

Je dois dire là aussi que la nouvelle donne économique à laquelle est confronté notre pays depuis la baisse dramatique des cours du pétrole mondial, a conforté la place du secteur du tourisme comme un vecteur essentiel du développement stratégique et prioritaire par les pouvoirs publics, et comme dorénavant, une des alternatives à la dépendance aux hydrocarbures.

Le début des années 2000 a été pour moi un tournant pour notre secteur avec l’amélioration de la situation sécuritaire a adossé une véritable démarche clairement affichée de développer le secteur du tourisme en mettant en place le cadre législatif pour faciliter l’entreprenariat et l’investissement dans le secteur du tourisme.

Je rajouterai que la complexité de notre secteur qui se révèle transversal et intersectoriel ne peut se développer en vase clôt, en effet le tourisme est une culture, un état d’esprit, des modes de fonctionnement, de tolérance et de modernité  qui doivent s’enraciner dans le vécu quotidien des algériens et des algériennes.

Quelle est l’importance des infrastructures touristiques en cours de réalisation en Algérie ?
Pour revenir à votre question sur l’importance de notre secteur dans l’économie nationale, je vous donnerai quelques chiffres qui peuvent paraitre faibles, mais qui mis en perspectives avec les chiffres d’il y’a une quinzaine d’années, révèlent une augmentation conséquente et durable de l’attractivité de notre pays.

Notre pays enregistre l’arrivée, pour l’année 2015, de plus de 03 millions de voyageurs internationaux, il est à noter que plus de la moitié de ce chiffre est représentée par les membres de notre communauté algérienne ou d’origine algérienne à l’étranger.

Ces chiffres sont eux aussi à mettre en rapport avec le nombre et le volume des infrastructures et du parc hôtelier qui avoisinent les 110 000 lits pour plus de 1300 établissements hôteliers. ; ce potentiel touristique national le concoure au développement à hauteur de 300 milliards de dinars représentant plus de 3.5% du produit national brut avec plus de 5% du total de l’emploi dans notre pays, ceci pour la situation existante, il faudrait, pour essayer d’être un peu plus exhaustif, rajouter à cela les projets en cours de réalisation, soit plus de 500 projets d’une capacité de plus de 70 000 lits et d’un montant d’investissement estimé à 260 milliards de dinars.

Cette augmentation des capacités et des infrastructures hôtelières  dans notre pays s’inscrit dans un cadre de référence et d’orientation le shema directeur de l’aménagement touristique (SDAT) qui pose un certain nombre d’objectifs prioritaires en dégageant des objectifs liés à l’augmentation des capacités d’hébergement, mais aussi à la diversification de l’offre touristique en passant par l’amélioration de l’image de l’Algérie, la création d’emplois et l’augmentation des recettes en devises pour notre pays.

Cette stratégie conçue autour du SDAT a engagé les pouvoirs publics.

Quelles sont les contraintes rencontrées par les investisseurs privés
Je vous dirais qui au delà des bonnes intentions, il reste encore bien évidemment des difficultés pour certains investisseurs à mener à bien leurs projets, des difficultés existent, encore aussi bien sur l’accès au financement, que sur l’octroi du foncier touristique.

Je me permettrai de témoigner que l’attitude, dorénavant, bienveillante des autorités locales avec à leur tête les walis de notre pays qui ont intégré le développement du tourisme comme un vecteur fondamental pouvant créer de la valeur ajoutée et de l’emploi et qui accueille favorablement, maintenant, les projets touristiques et hôteliers dans leurs wilayas. Il est tout à fait clair que là aussi que certaines lenteurs administratifs compliquent quelques fois le processus d’octroi de foncier, le volet du financement bancaire est aussi pour certains porteurs de projets, une difficulté, toutefois, là aussi une amélioration substantielle est à noter dans le traitement des dossiers d’investissement qui touchent au secteur du tourisme, au-delà de la batterie de mesures incitatives( taux d’intérêt bonifié, crédits à long terme,…) les institutions financières conscientes du rôle primordial du tourisme accompagnent favorablement les dossiers qui répondraient tout naturellement à des exigences de rentabilité financière et de viabilité économique.

Au-delà de ces deux aspects, l’amélioration de la formation et de la ressource humaine touristique, la création de nouveaux pôles d’excellence sont d’autres axes stratégiques dynamiques que nous devons développer  pour développer notre secteur et l’assurer au niveau des standards internationaux.  

Comment adapter rapidement l’offre touristique locale aux besoins des algériens et éviter le rush des nationaux chaque été vers la Tunisie ?
L’une des raisons pour laquelle plus de deux millions d’algériens partent  à l’étranger pour passer des vacances s’explique par la qualité des prestations et des produits touristiques proposés par d’autres destinations. Je suis convaincu que si nous voulons que l’Algérie soit un pays touristique concurrentiel, il faudrait d’abord gagner la bataille du tourisme domestique comme première étape, avant de se lancer à la conquête du marché touristique international.

Pour cela, faudra d’abord satisfaire nos besoins en structures d’hébergement et d’accueil, afin que les touristes puissent avoir plus de choix à des prix concurrentiels,  avec toutes les commodités et infrastructures de loisirs, de détente,  pour qu’ils puissent vivre une expérience culturelle, cultuelle,  historique, gastronomiques, etc.

il  faudra à mon sens aussi travailler sur l’aspect formation en recyclant et en  formant un personnel qualifié et compétent afin d’être au service d’une clientèle naturellement exigeante.

Un autre axe stratégique , consisterait à valoriser la destination Algérie par un  marketing performant , en nous inspirant des pratiques  réalisées par  les pays touristiques, à l’instar de ce que font  nos voisins, en faisant appel à des experts et à des agences de communications spécialisés  dans le tourisme, pour  bénéficier de leurs expériences et expertises dans la gestion de l’image et de la visibilité positive d’une destination touristique.

Pour conclure je vous dirai que notre pays ne manque ni de ressources ni de volontés ni de compétences ; il nous faut seulement une véritable stratégie sur le long terme impliquant l’ensemble des intervenants, des acteurs, des professionnels, en liaison permanente avec les pouvoirs publics pour concevoir une nouvelle batterie de mesures stimulantes et mobilisatrices au côté des dispositifs incitatifs déjà existants afin de donner une nouvelle impulsion à notre secteur.

C’est là tout l’enjeu et les défis auxquels nous sommes tous ensemble confrontées pour faire de notre pays une véritable destination touristique.

P-DG du groupe Eden et président d’honneur de la Fédération nationale des hôteliers algériens.

K. R.

http://www.liberte-algerie.com/dossier/le-tourisme-la-richesse-de-demain-252085

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