Yanik Mezzadri, Fondateur de Tomatoland, Provence Tomates et Rédacteur en chef de Tomato News _« L’Algérie peut rivaliser avec ses concurrents méditerranéens et mondiaux »

Publié le par id.algérie

 

Développer la filière de la tomate industrielle est l’objectif majeur de l’Algérie. Des efforts techniques et financiers sont déjà en train d’être déployés. Des mesures d’accompagnement sont prises par le gouvernement, notamment pour aider les agriculteurs à produire plus et mieux. Expert français, Yanik Mezzadri, ingénieur, fondateur de Tomatoland, Provence Tomates et rédacteur en chef de Tomato News, estime qu’il n’y a pas de recette miracle. Il a soutenu que l’Algérie est capable, de par son potentiel, de se placer au même rang que ses concurrents méditerranéens, voire mondiaux.

Vous avez eu l’occasion de rencontrer les professionnels algériens de la filière tomate industrielle. Que pensez-vous du travail qui se fait en Algérie ?
J’ai eu la chance de venir en Algérie en 2004. Nous avons fait une étude sur la filière et établi un état des lieux de la situation. Je peux dire qu’à cette époque, la situation n’était guère reluisante. La production était à un niveau très bas. Une dizaine d’année plus tard, je constate qu’il y a une vraie amélioration de la moelle agricole qui est incontestablement le nerf de la guerre dans une filière agro-industrielle. Cela dit, ce ne sont pas uniquement les machines qui comptent. Les usines doivent travailler d’une manière intelligente avec leurs fournisseurs.
La grande performance réalisée par la filière n’a pas touché toutes les régions et tous les agriculteurs. Le progrès a concerné uniquement certaines régions et certains producteurs. Par ailleurs, il y a beaucoup d’améliorations qui pourraient être apportées à long terme en termes d’irrigation et d’utilisation d’équipements.
A court terme, il faut consolider le travail qui a été fait depuis 2004 et le généraliser à tous les producteurs.

Comment jugez-vous la relation entre les producteurs et les industriels ?
C’est une relation impérative. Il y a dix ans, la filière était inefficace. Il a fallu former les agriculteurs, mettre à leur disposition tous les moyens pour mieux travailler. A ce stade de développement de la filière, les échanges avec les producteurs ont été dans un seul sens. C’est à dire on a donné aux producteurs les moyens de se développer souvent en détriment de l’organisation.
On ne leur pas imposé des règles. Aujourd’hui, vu les progrès qui ont été faits, il va falloir s’organiser. Si la réussite de la filière tomate industrielle se construit avant tout dans les champs, celle d’une campagne dépend de l’adéquation optimale entre les champs et l’usine et nécessite impérativement que les producteurs se mettent au service de l’usine.

Pourquoi pas l’inverse ?
L’usine est le point de convergence de tous les producteurs. C’est elle qui peut coordonner cet énorme volume de la matière première. Il faut un élément de coordination et l’usine reste le seul à même de jouer ce rôle.
L’usine doit expliquer aux agriculteurs les règles qu’ils doivent respecter pour que la filière progresse. C’est comme cela que ça se passe partout dans le monde. C’est le cas de toutes les filières qui fonctionnent correctement. L’inverse conduit immanquablement à une situation d’échecet pour le producteur et et pour le transformateur.

Vous avez insisté sur le réseau d’information. Est-il aussi important pour le développement de la filière ?
Je constate qu’il y a un grand travail à faire en termes d’identification, de mise en place d’une base de données, d’enregistrement de statistiques de population de producteurs. Si ce travail de fond ne peut être fait, c’est parce que nous avons une population qui n’était pas fixe avec souvent des agriculteurs qui pratiquent l’activité d’une façon alternative où occasionnelle.
Aujourd’hui, je pense que nous avons un socle stable qu’il faut impérativement identifier du point de vue statistiques en termes de genres, de moyens financiers, de surfaces, de formation. Le principe est simple, si on veut s’adresser à cette population d’une façon efficace, il faut d’abord la connaître.

La période de la récolte de la tomate dure 35 jours. Qu’en pensez-vous ?
C’est un point faible de la filière. Excepté le Canada qui a des conditions climatiques extrêmes, je ne connais pas d’autres pays qui ont une campagne de tomate assez courte. C’est illusoire de penser pouvoir développer une filière efficace avec une campagne de 35 jours. Une campagne efficace exige de grands investissements en matière de main-d’œuvre saisonnière et d’organisation. Il serait quasi impossible de rentabiliser ces dépenses sur une période de 35jours.
Dans tous les cas, et vu que la moyenne au niveau mondial est de plus 60 jours, l’Algérie part avec un handicap très important si elle ne parvient pas à améliorer les choses. Je pense que le premier objectif consiste à allonger la période de récolte. L’Algérie pourrait copier le modèle espagnol, notamment celui de l’Andalousie où on retrouve les mêmes conditions climatiques et les même conditions de récolte.

L’Algérie mise sur la mécanisation pour développer la filière. Serait-il suffisant à votre à vis ?
Les facteurs déterminants que nous avons cités ne sont suffisants à eux seuls. La mécanisation ne s’entend que par la vulgarisation et la généralisation des plants. Les plants ne s’entendent qu’avec l’irrigation au goutte-à-goutte.
La mécanisation ne s’entend que par une organisation stricte et rigoureuse de la campagne et des producteurs disciplinés. La mécanisation ne s’entend qu’avec les outils industriels qui répondent aux normes de qualité. Vous voyez que c’est un tout et qu’il n’y a pas de recette miracle. C’est un ensemble de méthode de travail à mettre en place progressivement pour que l’Algérie devienne aussi efficace que ses concurrents méditerranéens, voire à l’échelle mondiale.
A. H.

Entretien réalisé par Amokrane H.
Publié le 25 juillet 2016

http://www2.horizons-dz.com/?L-Algerie-peut-rivaliser-avec-ses

Publié dans Avis d'expert

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