Samir Djelti, universitaire, à propos des transferts de fonds officiels vers l’Algérie : « 2 milliards de dollars versés en 2015 »

Publié le par id.algérie

D.R

Dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, l’universitaire Samir Djelti passe en revue la question des transferts de fonds, l’appuyant avec chiffres et arguments qui forcent l’admiration : «Plus de 17% des étudiants font des études pour émigrer», «le canal informel est 9 fois plus important que l’officiel». .

El Moudjahid : La tenue d’une rencontre qui sera consacrée au transfert des fonds est prévue pour bientôt. Pouvez-vous nous livrer davantage d’éléments sur ce rendez-vous ?
M. Djelti : Je tiens, d’abord, à rappeler qu’un atelier d'experts sur «La contribution des transferts de fonds des migrants au développement économique» a été organisé, le 1er et le 2 février 2016 à Rabat, par le Bureau sous-régional Afrique du Nord de la commission économique pour l'Afrique (UNECA), en collaboration avec la Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale (ESCWA).
Durant la rencontre, nous avons discuté ensemble sur les principaux résultats du projet qui a touché neuf pays arabes et proposé une feuille de route pour la prochaine étape du projet.
La fin de la première étape du projet a été marquée par la diminution des coûts des transferts de fonds et l’avancement des pays concernés en matière d’optimisation économique de cette ressource de financement.
Ces dernières réalisations ont représenté la source de la motivation et l’optimisme des experts pour la seconde étape du projet. Pour cette deuxième étape, une conférence est prévue en Algérie sur les questions des transferts au Maghreb. C’est un événement régional qui apportera certainement un complément nécessaire à l’étude réalisée sur «La fuite des cerveaux» par le CREAD, avec l’appui du Bureau de l’OIT à Alger.
Quelle est la contribution des Algériens établis à l’étranger au développement de leur pays d’origine ?
Théoriquement, les émigrés peuvent contribuer au développement de leur pays d’origine via quatre canaux. Le premier, le plus ancien et le plus reconnu, est le canal des transferts de fonds ; il s’agit des ressources tangibles qui peuvent avoir des effets positifs sur la réduction de la pauvreté et des inégalités ainsi que la motivation de l’épargne, l’investissement et la consommation. Le second a trait à la «migration retour» qui sert à mobiliser et diffuser des ressources non tangibles telles que l’éducation, le savoir-faire et l’expérience professionnelles. Le troisième, lui, concerne les réseaux migratoires qui jouent le rôle des couloirs d’informations facilitant le commerce et l’installation des investissements directs étrangers dans le pays d’origine. Le dernier canal est inhérent au capital humain qui est lié à la motivation de l’émigration à l’éducation. Les émigrés algériens installés à l’étranger envoient de l’argent et font des retours définitifs et de courte durée, ils représentent un réseau migratoire qui se diversifie de plus en plus. Selon notre enquête, plus de 17% des étudiants font des études pour émigrer. La contribution existe, maintenant il est question de l’optimiser, car la relation migration/développement est le fruit des efforts des émigrés, des membres de leurs familles dans le pays d’origine et des politiques migratoires dans les pays d’origine et de destination de la migration.

Avez-vous des estimations sur les transferts financiers des émigrés vers l’Algérie ?
Selon le recueil des statistiques sur la migration et les transferts de fonds publié par la Banque mondiale en 2016, les flux globaux des transferts de fonds officiels vers l’Algérie sont estimé à 2 milliards de dollars US en 2015. Dans une enquête que nous avons menée en 2012, nous avons estimé que le canal informel est 9 fois plus important que l’officiel. Ce qui fait, selon nos estimations, que les transferts de fonds globaux représentent dix fois les envois officiels.
   
Quelles sont les évolutions des différentes composantes des transferts de fonds ?

Dans le cadre de la nouvelle économie de la migration du travail, la décision d’émigration est prise par la famille contrairement aux théories classiques qui ont étudié la décision individuelle de la migration. Selon cette théorie, les transferts de fonds sont les résultats d’une motivation altruiste ou égoïste. Les théoriciens ont ainsi parlé d’un contrat explicite au sein de la famille entre ceux qui émigrent et ceux qui restent au pays d’origine pour argumenter les deux autres motivations (la coassurance et le paiement du crédit). Dans la réalité, la motivation des transferts est une affaire de dosage entre l’égoïsme et l’altruisme. Selon le manuel de la balance des paiements du FMI, il existe quatre composantes de transfert. La première est celle des «transferts des rémunérations des travailleurs». Cette composante est en baisse en Algérie (moins de 10%). La deuxième est liée aux «compensations», notamment des retraites. Elle est la plus importante en Algérie, elle représente plus de 80%. Puis, il y a «les transferts des migrants», liés au retour des migrants à travers le changement de résidence. Enfin, nous avons les primes et les transferts divers. Ces dernières sont assez faibles. La dernière révision du manuel du FMI (6e révision), arrête seulement deux composantes : des transferts institutionnels et personnels. Néanmoins, les transferts de fonds sont plus importants que les recettes des exportations hors hydrocarbures.
 

Entretien réalisé par Fouad Irnatene
http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/92023

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