Croissance des pays émergents : Retombées et contrecoups

Publié le par id.algérie

       

Les pays avancés sont concernés par tout cela en raison de ce que nous désignons au FMI les retombées et les contrecoups. Qu’entend-on par-là? Il s’agit des conséquences intempestives que les mesures adoptées dans un pays peuvent avoir sur les autres, conséquences qui peuvent par ailleurs se retourner par un jeu d’interactions et finir par porter atteinte au pays d’origine, les contrecoups. Les pays émergents ont atteint une envergure telle que ces effets sont suffisamment importants pour être ressentis un peu partout. Elle donne à cet effet quelques exemples : Retombées financières. En août dernier, les marchés financiers mondiaux ont frémi à l’annonce d’un nouveau régime de change par la Chine. Au début de cette année, face à une nouvelle chute de la bourse de Shanghai, les investisseurs à travers le monde ont appuyé sur la touche "vendre". De manière plus générale, l’affaiblissement des fondamentaux des entreprises des pays émergents peut aussi avoir des retombées financières sur le reste du monde. Il faut donc suivre de près les bilans. Retombées commerciales. Ces dernières années les échanges mondiaux se sont fortement contractés, en partie à cause du ralentissement de l’économie chinoise. Cela nous concerne tous, non seulement en raison du fait que le commerce a traditionnellement été un des principaux vecteurs de croissance, de création d’emplois et de prospérité, mais aussi parce que les échanges entre pays émergents et pays avancés dépassent désormais les échanges entre pays avanc és eux-mêmes. Retombées économiques. Au total, d’après nos estimations, un ralentissement de la croissance d’un point dans les pays émergents provoquerait un repli d’environ 0,2 point dans les pays avancés. On pourrait penser que ce chiffre n’est pas alarmant, mais les pays avancés qui sont d’ores et déjà aux prises avec ce que j’appelle la "nouvelle médiocrité" de croissance faible et de chô- mage élevé pourraient être durement frappée. N’oublions pas les retombées environnementales. Près de 90 000 milliards de dollars pourraient être investis dans les infrastructures durant les 15 prochaines années, surtout dans les pays émergents et en développement qui connaîtront une énorme poussée de l’urbanisation. Songeons simplement aux risques liés à de mauvais investissements qui, par exemple, auraient pour effet de perpétuer des structures de transport et d’énergie à fortes émissions de gaz carbonique dans ces mégalopoles. Cela aurait de profondes consé- quences pour la qualité de vie de la planète, pour nous tous. Vous l’aurez compris : les pays émergents et les pays avancés dépendent les uns des autres et le monde dépend de leur collaboration. Que peuvent faire les deux parties pour aller de l’avant ? Pour répondre simplement : il faut être deux pour nourrir la croissance. Ceci m’amène à mon deuxième point. Des politiques résolues de la part des pays émergents et des pays avancés profiteront aux uns et aux autres et profiteront à l’ensemble de l’économie mondiale.

QUE PEUVENT DONC FAIRE LES PAYS ÉMERGENTS?
Commençons par les probl èmes immédiats et centronsnous sur les exportateurs de matières premières dont les déficits se creusent et qui subissent des tensions grandissantes en matière de change. Ces pays pourraient atténuer leur ajustement budg étaire en rehaussant l’efficience de la dépense, en renfor çant les institutions budgé- taires et en augmentant les recettes hors matières premiè- res. Par ailleurs, une plus grande flexibilité du régime de change peut aussi les aider à amortir l’impact des chocs exogènes. Dans bien des cas les pays émergents devront aussi intensifier l’utilisation de ce qu’il convient d’appeler les "outils macro prudentiels", pour maîtriser les risques pesant sur le secteur financier, soit en assurant un suivi de l’endettement en devises de certaines des principales entreprises, soit en limitant les retombées de la forte expansion du crédit que beaucoup de pays ont connue durant ces dernières années.

QUE PEUVENT FAIRE LES PAYS AVANCÉS?
Face à de modestes perspectives de croissance, les pays avancés doivent continuer d’accompagner la demande à la faveur d’une politique monétaire accommodante. Mais ils doivent équilibrer davantage l’action menée sur les divers fronts. Qu’est-ce que cela veut dire? Depuis plusieurs années les pays avancés s’appuient principalement sur la politique monétaire pour maintenir les taux d’intérêt à un très faible niveau. Cela était vital pour contribuer à sortir de la crise financière de 2008. Mais les banques centrales ne peuvent pas être les seules à agir. Les pays qui disposent d’une marge de manœuvre budgétaire doivent également utiliser la politique budgétaire pour relancer leur économie, par exemple en finançant une mise à niveau fort nécessaire des infrastructures publiques. En outre, les États-Unis assument une responsabilit é particulière à l’heure de la normalisation de leur politique monétaire, car celle-ci peut être source de retombées et de contrecoups. Il est donc important que la Réserve fédérale continue sur cette voie en procédant avec prudence et avec une bonne communication.

ET QUE PEUVENT FAIRE ET LES PAYS ÉMERGENTS ET LES PAYS AVANCÉS?
Il n’y pas de réponse facile. Tous deux doivent gérer les grandes questions économiques sous-jacentes pour doper la croissance potentielle et promouvoir la convergence durable des revenus dont je parlais tantôt. J’insisterai sur deux priorités : D’abord, innover davantage et mieux - en levant les obstacles à la concurrence, en allégeant les formalités administratives, en encourageant la mobilité de la main-d’œuvre et en investissant davantage dans l’éducation et la recherche. Cela permettra de donner libre cours aux énergies créatrices et contribuera à mobiliser l’investissement privé à l’appui d’idées nouvelles, surprenantes et utiles. Cela aiderait en outre à renforcer le rôle des établissements de recherche publics, comme l’Université du Maryland. N’oubliez pas que toutes les technologies qui entrent dans votre Smartphone - internet, réseaux sans fil, GPS, microélectronique, écrans tactiles - ont profité du financement de l’État.Les entreprises privées, comme Apple, orchestrent le tout - avec brio - mais à elles seules elles n’auraient trouvé ni les incitations ni les énormes moyens financiers pour percer. Ensuite - faciliter un plus grand partage des technologies entre les pays avancés et leurs homologues émergents. Cela nécessiterait, par exemple, de trouver un meilleur équilibre entre la protection de la propriété intellectuelle et la diffusion des technologies. Les pays émergents devraient revoir leur conception de la protection des brevets. En même temps, nous devons nous demander si, dans les pays avancés, les idées ne sont pas parfois trop protégées. Toutes ces questions font l’objet d’un vif débat à l’échelle mondiale, y compris sur les produits pharmaceutiques et les traitements médicaux. Il y a un autre vecteur permettant de faciliter le partage des technologies et du savoirfaire : l’investissement direct étranger. En pourcentage du PIB, l’IDE à destination des pays émergents et en développement est aujourd’hui nettement inférieur à ce qu’il a été pendant la période 2000-06. D’après nos prévisions mondiales, il va encore diminuer d’ici à la fin de la décennie. Nous devons donc nous efforcer davantage de faire sauter les obstacles inutiles à l’IDE et de remplacer les capitaux fébriles par des investissements à long terme. De la même manière, nous devons promouvoir le partage de technologie en encourageant les réformes commerciales. Pendant au moins trois décennies avant l’éclatement de la crise financière de 2008, les échanges commerciaux internationaux ont régulièrement augmenté deux fois plus vite que l’économie mondiale. Aujourd’hui, leur rythme d’expansion est égal ou infé- rieur à celui de l’économie mondiale. Outre les effets de la situation en Chine, cela tient au ralentissement de la libéralisation commerciale auquel nous avons assisté ces dernières années. Nous devons donc redoubler d’efforts pour ouvrir davantage les systèmes commerciaux au niveau mondial et promouvoir l’intégration commerciale au moyen d’accords régionaux et multilatéraux.Enfin - les pays avancés comme les pays émergents doivent achever et mettre en œuvre le programme mondial de réforme réglementaire - qui est indispensable pour rendre le syst ème financier mondial plus résilient.
Ahmed Saber

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Publié dans Avis d'expert

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