Mohamed Chérif Belmihoub. économiste «Il faut créer l’urgence d’aller vers la diversification»

Publié le par ouada yazid

 
	Mohamed Cherif Belmihoub

La diversification de l’économie est au centre des débats depuis des années, mais le pas n’a pas encore été franchi. Comment expliquez-vous cela ?

Avec un baril de pétrole à plus de 100 dollars, l’on ne s’occupait pas de cette question. En plus, la diversification n’est pas facile d’abord. Cela met en cause des positions dans le système économique, cela met en cause également certaines positions de monopole dans le système productif.

La diversification n’est pas facile à mener sur le plan technique. C’est de l’ingénierie, de l’analyse et de l’évaluation. Ce que notre administration économique n’a pas l’habitude de faire.

Une étude sur la diversification de l’économie a déjà été faite par le Commissariat général à la prospective et la planification, mais sans suite…

Cette étude n’a pas été achevée. Elle était sommaire, elle n’a pas été dans les détails. Il fallait la compléter bien sûr. Il fallait analyser les filières et identifier là où on a des avantages compétitifs. Ce travail n’a pas été fait.

Donc, cette étude s’est soldée par des recommandations pour diversifier l’économie, mais elle n’a pas donné le mode opératoire et par où commencer. Aujourd’hui, aussi, on ne l’a pas fait.

Qu’en est-il justement du mode opératoire ?

Il faut créer l’urgence d’aller vers la diversification. Maintenant, il faut mettre en place un organe chargé uniquement de la  diversification. Un organe dans lequel il n’y aura pas que l’administration parce que si on confie ce dossier à l’administration, l’organe sera cassé.

Maintenant, si on implique des industriels, des universitaires, des entrepreneurs et l’administration bien sûr qui va prendre en charge le mode opératoire, il faut mettre en place en urgence un organe totalement dédié à la diversification pour lui permettre d’être l’interface des  administrations et des entrepreneurs.

C’est tellement complexe qu’il faut à chaque fois obtenir des consensus pour avancer. Sinon, la diversification que vous mettez en place risque d’être remise en cause parce  qu’il y a beaucoup d’intérêts.

Le FCE propose la réinstallation du Commissariat général à la prospective et la planification pour mener la diversification. Est-ce suffisant ?

Pourquoi pas. Le retour d’une administration qui aille au-delà des ministères  sectoriels.

Car,  aujourd’hui, chaque ministère a un bout de la responsabilité. Maintenant, il faut mettre quelque chose de solide rattaché à la Présidence ou au Premier  ministère avec des moyens conséquents. Ce n’est pas un organe d’exécution.

Les animateurs de la Journée d’entreprise consacrée à la diversification recommandent de développer l’innovation et d’améliorer la gouvernance. Des conditions nécessaires pour la mise en place d’une Economie fondée sur la connaissance, un dossier sur lequel le CNES a déjà travaillé, mais sans suite aussi…

C’est un rappel. Vous savez, tant que le pétrole était à 120 dollars, aucun dossier ne passait parce qu’on n’en avait pas besoin. C’est comme le ministère des Finances - je ne parle pas de l’Algérie - qui a des difficultés à boucler son budget, il va chercher des niches fiscales.

En Algérie, on n’a pas ce problème jusqu’à présent. Maintenant, on commence à avoir des difficultés sur le plan économique et on commence donc à chercher des solutions. A travers notamment  la diversification. C’est encore plus grave parce qu’on n’aura les résultats que dans dix ans.

Samira Imadalou
http://www.elwatan.com/economie/il-faut-creer-l-urgence-d-aller-vers-la-diversification-23-11-2015-308268_111.php

Publié dans Avis d'expert

Commenter cet article