18e réunion tripartite : Des réponses concrètes aux défis de l’heure

Publié le par ouada yazid

Ph:Hammadi

La 18e réunion tripartite s’est tenue dans un contexte économique particulier, marqué par une chute des cours du pétrole, imposant, pour de nombreux pays exportateurs, à l’instar de l’Algérie, des réponses urgentes aux défis que cette crise induirait, notamment en matière d’investissement, de création d’emploi et de diversification de l’économie.

Cette réunion a été l’occasion, pour le gouvernement et ses partenaires du syndicat et du patronat, de faire un round up sur toute la situation socio-économique du pays, de l’état d’exécution du Pacte économique et social de croissance, et d’étudier les voies et moyens à mettre en œuvre, pour encourager l’investissement, la création d’entreprises et la diversification de l’économie nationale. Tout le monde s’accorde à dire que dans une économie tirée essentiellement par les hydrocarbures, le plus dur à faire serait de parvenir à préserver les acquis arrachés jusque-là au profit des travailleurs,  tout en aspirant à en obtenir de nouveaux, sans que cela se répercute sur les équilibres budgétaires actuels et les projets déjà programmés. Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a insisté sur l’obligation de lutter contre le phénomène de la corruption et de dilapidation des moyens des entreprises. Démolissant certains clichés, il a fait savoir qu’«une approche franche, sincère et honnête est développée en direction des acteurs de la sphère informelle, pour les mettre en confiance et leur permettre de régulariser leur situation». Le Premier ministre a appelé à faire de la capacité de résilience du pays, face à la chute des prix de pétrole, un «levier de transformation» de l’économie nationale, loin de tout défaitisme. Le gouvernement, a-t-il rappelé, a partagé avec ses partenaires et interlocuteurs la réalité de l’ensemble des données macroéconomique et financières du pays, ainsi que le détail de son dispositif de riposte (cadrage économique à 2019 et vision prospective à 2030) face à la détérioration des cours sur le marché mondial des hydrocarbures. Il n’a pas manqué ensuite de rappeler  que le Pacte national économique et social pour la croissance avait scellé un consensus entre patronat, syndicat et exécutif en faveur de la croissance et de l’édification d’une économie émergente, élément central du programme présidentiel. Le Premier ministre, Abdelamlek Sellal, a mis en exergue les décisions prises par l’État en matière de soutien social pour le développement. Il a relevé que les opportunités offertes en Algérie aux jeunes sont «une chance et une réalité tangible».

Une rencontre d’évaluation d’ici la fin de l’année
S’agissant des finances publiques, Sellal a souligné que les dispositions contenues dans la loi de finances complémentaire de 2015 et le projet de loi de finances pour 2016 «visent l’optimisation des recettes du budget de l’État, une plus grande rationalisation des dépenses, le soutien aux entreprises, la facilitation de l’investissement, ainsi que l’encouragement du secteur national productif». Il a exhorté les banques privées «à ne pas se cantonner au financement du commerce extérieur», tout en appelant les banques publiques à «rationaliser» la gestion des crédits à l’économie. Dans cette optique, la question du foncier industriel, principale entrave aux investissements, devrait être définitivement prise en charge dans les six prochains mois, a assuré M. Sellal.
Le chef de l’Exécutif a, par ailleurs, annoncé qu’une nouvelle rencontre regroupant le gouvernement, la centrale syndicale et les représentants du patronat national est prévue avant la fin de l’année en cours pour évaluer la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre de la réunion tripartite de Biskra, ainsi que ceux liés au pacte économique et social de croissance adopté en 2014. Sur un autre volet, il a estimé inconcevable que des travailleurs partent à la retraite à 50 ans ou moins, car ils ont accompli 32 ans de services, alors que la Caisse nationale des retraites prend en charge leurs pensions. Il a ajouté que le gouvernement compte réviser le système actuel de la retraite anticipée. Les travaux de réalisation du nouveau port commercial de la région Centre, prévu entre les villes de Cherchell (Tipasa) et de Ténès (Chlef), devraient débuter en 2016, a annoncé le Premier ministre, Abdelmalek Sellal. Ce projet sera réalisé par des entreprises nationales publiques et privées en partenariat avec des étrangers, ce port de transbordement aura des capacités «énormes».

Allègement de la pression fiscale
Le seuil des investissements publics dans le secteur du bâtiment et des travaux publics sera maintenu à pas moins de 2.600 milliards de dinars par an, a indiqué le ministre des Finances, Abderrahmane Benkhalfa. Évoquant, en outre, le rôle des finances locales dans le développement économique et social, le ministre a précisé que la politique publique en la matière sera réaménagée par l’allègement de la pression fiscale, mais en élargissant l’assiette fiscale. À cet effet, une douzaine de filières d’activités émergentes ont été identifiées pour bénéficier de ces mesures d’allègement incluant notamment l’impôt sur le bénéfice des sociétés (IBS), la taxe sur l’activité professionnelle (TAP) et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), et ce parallèlement au renchérissement fiscal des importations, a-t-il expliqué. S’agissant du financement des investissements, l’argentier du pays a mis l’accent sur la nécessité de sortir progressivement du financement par le budget pour aller vers le financement par le marché.

Un vrai marché du foncier  économique
Le projet de loi des finances pour 2016 permet aux opérateurs privés de créer et de gérer des zones d’activité ou des zones industrielles, à condition qu’elles ne soient pas sur des terrains agricoles, a indiqué le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdessalem Bouchouareb. Il a également annoncé la libération, durant octobre, de 31 parcs industriels sur les 49 programmés à travers le territoire national.
«L’ambition du gouvernement à travers toutes ces mesures, explique-t-il, est de construire un vrai marché du foncier économique.» Les organisations patronales ont recommandé d’orienter les efforts de l’État vers les créneaux où l’Algérie possède des potentialités importantes, notamment l’agriculture, pour faire face à une situation économique difficile due à la dépendance aux hydrocarbures.

L’agriculture en alternative
Pour le patronat aussi, la chute des prix du pétrole présente des opportunités de croissance considérables, tant cette situation oblige tout le monde à se retrousser les manches et à réfléchir aux moyens qu’il y a lieu d’utiliser pour réaliser une diversification rapide de l’économie. L’agriculture coche tellement de cases qu’il apparaît délirant de ne pas davantage l’évoquer. Et dans ce sens, l’agriculture devrait constituer un levier majeur de la croissance. Elle nécessite une main-d’œuvre importante. Elle est donc créatrice d’emploi. Elle crée aussi du lien social et permet ainsi de maintenir une vie en dehors des grandes villes, à l’heure où l’urbanisation apparaît galopante, et elle permet aux populations rurales d’acquérir une autonomie financière. C’est aussi un enjeu d’émancipation pour les femmes, celles-ci étant très souvent derrière ces petites structures agricoles.

De la vertu du dialogue
Attendue sur le front social, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) s’est présentée à cette réunion avec des propositions qui suggèrent une consolidation des mécanismes préconisés pour la promotion de la production et la réhabilitation des entreprises publiques. Le secrétaire générale de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, a mis l’accent sur la nécessité, pour l’Algérie, de réussir la bataille économique avec sa dimension sociale, en «faisant face à un contexte international défavorable». Sidi Saïd a mis en évidence le rôle «important» que peut jouer, dans cette perspective, l’industrie nationale, ajoutant que l’UGTA «considère que nous sommes intimement liés pour relancer l’industrie nationale et la placer dans la trajectoire d’une nation qui a toutes les capacités humaines et matérielles d’atteindre le niveau industriel des pays émergents». Sidi Saïd a loué les vertus du dialogue et de la concertation, soulignant qu’il y a eu toujours «une volonté de construire le dialogue social». Visiblement ravi d’assister à cette rencontre, le directeur général du Bureau international du travail (BIT), Guy Ryder, a qualifié de «très encouragent», le résultat obtenu par l’Algérie en matière de renforcement du dialogue social et de tripartisme.  «Je vous félicite pour ce résultat très encouragent pour le renforcement du dialogue social et du tripartisme, et la création des conditions permettant de promouvoir le travail décent en Algérie», a affirmé le responsable dans son intervention, lors de la 18e réunion tripartite.
Farid B.

http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/84719

Publié dans Tripartite 2015

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