3ère partie – Mesures complémentaires _2- Propositions pour promouvoir un marché financier dynamique comme alternative au financement de l’économie

Publié le par ouada yazid

L'économie algérienne est confrontée à l'enjeu de devoir assurer ses équilibres financiers et de diversifier ses sources de revenus, dans un contexte marqué par la baisse des prix du pétrole. Dans ce contexte, pour maintenir les grands équilibres économiques, le pays doit rationaliser sa dépense publique, condition indispensable pour attirer les IDE. Le marché financier doit se substituer au Trésor public comme mode de financement principal de l’économie nationale.

L’économie algérienne et sa croissance sont aujourd’hui essentiellement assurées par la dépense publique qui a engendré un important déficit budgétaire. Il faut impérativement, à coté de cette source de financement, bâtir un mode de financement desintermedié, c’est à dire non bancaire, reposant sur la mobilisation de l’épargne disponible des ménages.

Ce marché existe depuis 1998, il s’agit de la Bourse d’Alger. Mais ce marché est en situation d’atonie. La capitalisation boursière était de 65,2 milliards de dinars en 2000, elle est à ce jour de 14,8 milliards de dinars. L’indice boursier était à 1000 points, il est à ce jour à 1191,53 points soit une progression de 19,15% sur 15 ans, progression reposant essentiellement sur les titres de créances (obligations).

Ce constat conduit naturellement à se poser des questions sur les mesures et les actions qu’il est nécessaire d’entreprendre pour transformer cette Bourse en outil puissant du financement des besoins publics et privés de l’économie algérienne.

Les différents chantiers pouvant conduire à la dynamisation du marché boursier pourraient s’articuler autour des actions suivantes :

- Les actions de prospection et de sensibilisation des entreprises éligibles ;
- Les actions visant l’augmentation de l’offre et de la demande de titres ;
- Les actions visant le développement et l’éclosion de nouveaux métiers ;
- Les actions visant la promotion du marché et l’éducation des épargnants.

 

 Les actions de prospection et de sensibilisation des entreprises non cotées

Une mesure phare pour parvenir au développement du marché financier est de créer une proximité avec les meilleures entreprises du pays, en priorité avec celles qui ont de grands besoins de financement et qui en même temps sont prêtes à se plier à l’exercice de la transparence de leurs états financiers. Il s’agit en substance d’élaborer un plan de prospection des entreprises éligibles à la cote officielle d’une bourse ; ce plan sera élaboré par un comité qui comprendra tous les acteurs du marché financier et aura pour objet de définir la cible des sociétés à prospecter. Il aura aussi la charge de mieux comprendre la sensibilité actuelle des entreprises quant à un recours au financement par le marché financier ainsi que les attentes et les appréhensions des principaux actionnaires et dirigeants.

Il résultera de cette campagne de sensibilisation des émetteurs de grande envergure, une bonne connaissance de leurs besoins de financement et une meilleure formulation de la réponse à apporter à ces besoins, ce qui facilitera par la suite le travail des sociétés de bourse (IOB) chargées de les assister et de les accompagner dans des opérations d’introduction en bourse.

 L’augmentation de l’offre et de la demande de titres

Une des contre-performances de la Bourse est le faible nombre d’entreprises à la cote officielle. Par conséquent, il convient de prendre des mesures visant à développer l’offre et la demande de titres. Parmi ces mesures, il est suggéré :

- Le développement de l’actionnariat populaire

Dans les opérations de privatisation qui restent à entreprendre, il importe qu’une partie du capital des sociétés à privatiser s’opère à travers le circuit de la bourse et il importe tout autant d’encourager activement les ménages, les particuliers à acquérir les actions de ces entreprises. En permettant cela, on constitue non seulement une large base de l’actionnariat populaire, mais en même temps on développe une cote boursière riche et diversifiée.

- L’incitation à l’ouverture au public du capital des sociétés privées.


L’Etat Algérien a concédé dans différentes lois de finances des mesures fiscales avantageuses pour rendre attractif le marché financier pour l’épargnant comme pour les sociétés admises à la cote : Exonérations des revenus et de la plus-value des actions, exonération de l’IBS pour la fraction cotée du capital des sociétés …ces mesures méritent d’être vulgarisées intensivement.


- La diversification des produits offerts aux investisseurs.


Sur le marché financier, il a été observé un faible volume traité des titres et une faible diversification. En outre, un grand nombre d’investisseurs institutionnels préfèrent conserver dans leur portefeuille jusqu’à la maturité les obligations, n’ayant pas besoin de maintenir en permanence liquide une partie substantielle de leurs ressources.

Cette attitude rationnelle affecte cependant la liquidité du marché. Un degré minimal de sophistication des produits, qui pourrait amener ces investisseurs à rechercher de meilleures performances dans la gestion de leurs portefeuilles, paraît nécessaire pour stimuler leurs activités sur le marché secondaire. Cette évolution s’avère décisive.

 

- La promotion de professionnels « teneurs de marché »
Pour solutionner le peu d’animation du marché secondaire, il y a lieu de mettre en place une politique de contrats de liquidité au-delà de l’exigence faite aux émetteurs de mettre en place des mécanismes de liquidité à l’occasion de l’introduction de leurs titres à la cote.


Un objectif à viser pourrait tenir au fait que les structures commerciales du marché (IOB Publics) puissent assurer une animation minimale du marché secondaire des titres. Les émetteurs ne seraient donc plus obligés de leur affecter, pour ce faire, des ressources permanentes.
Il s’agit de développer leurs compétences d’intermédiaires « teneur de marché », en tant que fournisseur de liquidité.

- La promotion des conditions nécessaires à l’accroissement du nombre des particuliers détenteurs de comptes titre :

D’une manière générale, le dynamisme et le fonctionnement efficace du marché des valeurs mobilières dépendent en grande partie du nombre de particuliers détenant des titres, soit directement, soit indirectement par le canal des structures de gestion collective. A cet égard, il serait opportun d’envisager des dispositions propices à l’émergence des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) et au développement de l’actionnariat des entreprises qui favorisent l’acquisition d’une partie des actions d’une société par ses employés.

- L’adaptation des conditions d’accès des PME au marché par la création d’un marché alternatif.
Les PME, qui constituent l’essentiel de notre tissu économique, sont privées d’accès à de nombreux canaux de financement et ne remplissent pas les conditions d’accès à un financement par le marché. L’adaptation des conditions d’accès des PME au marché vise à amener les PME les plus performantes du pays à la cote de la bourse. Un marché dédié s’articulera autour des points suivants :

 L’éligibilité ne doit être soumise ni aux résultats bénéficiaires ni à la distribution antérieure des dividendes ;

 L’éligibilité doit être subordonnée, par contre, à la production d’un business plan approuvé par le CA et soumis à la COSOB qui montre que le recours au marché financier engendre des bénéfices dès l’année de l’introduction en bourse de la PME ;

 Exigence d’un sponsor (capacité d’analyse de risque) capable de s’engager à ce que la PME remplisse ses obligations de transparence et d’information ;

 Incitation à la création d’un fonds de garantie dédié aux PME ;

 Incitation à la création de fonds de capital-risque, de fonds de capital investissement, etc.

 Développement et éclosion de nouveaux métiers

Un renforcement des qualifications des professionnels de la bourse est nécessaire à la réussite de la stratégie de développement du marché financier national. Il importe de mettre en place un programme de formation dédié à certains métiers tels que le négociateur, le contrôleur interne, la gestion de portefeuille et le démarchage dont l’accréditation dépendra de l’autorité de régulation.

Il faut par ailleurs encourager la présence d’opérateurs étrangers sur la bourse nationale afin que leur apport en termes d’expertise, de transfert technologie et de professionnalisme soit bénéfique aux structures et aux acteurs du marché national.


D’autre part, il faut signaler le faible développement des professions d’analyse de l’information financière

L’émergence de ces structures favoriserait la levée de contraintes telle que l’obligation de présenter des garanties financières ainsi que la formation d’une structure des taux adaptée à la qualité des signatures.

 Promotion du marché financier et éducation des épargnants

L’éducation des épargnants et la promotion de la bourse constituent un axe incontournable pour développer le marché financier. C’est un travail de longue haleine qui occupera en permanence tous les acteurs du marché financier.

Il s’agira chaque année de mener à l’échelle de tout le pays, des campagnes de sensibilisation et de vulgarisation de la bourse des valeurs mobilières à travers :

- L’organisation d’une campagne promotionnelle à l’échelle nationale
Cette campagne aura pour mission d’améliorer et développer les connaissances des épargnants en matière financière et devra organiser les actions et manifestations suivantes :

 Institutionnalisation de la semaine du marché financier.
 Journées portes ouvertes.
 Edition des outils pédagogiques.
 Travail de coopération avec le milieu scolaire et universitaire

- Le développement de Clubs d’Investissement
Développer les clubs d’investissement auprès des étudiants ou toute autre association de personnes (famille, amis, collègues de travail). Au sein de cette organisation, les membres les moins bien informés auront l’opportunité d’améliorer leur culture boursière au contact d’autres partenaires mieux initiés. Ces clubs permettent également de réunir des membres incapables d’investir individuellement en raison de l’insuffisance de leurs ressources financières.

Publié dans FCE

Commenter cet article